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Selon Satellifacts, France Télévisions envisagerait un plan de départs volontaires portant sur 1.000 emplois, soit plus de 11 % des effectifs. Cela permettrait de dégager 70 à 80 millions d’euros d’économies annuelles à partir de 2028, après avoir financé les départs en 2027.

Cette information n’a fait l’objet d’aucune présentation aux représentants du personnel. Elle est pourtant d’une gravité exceptionnelle. Supprimer 1.000 emplois ne serait pas un « simple » ajustement de gestion, mais une transformation profonde de France Télévisions, de ses métiers et de sa capacité à remplir ses missions.

Une équation impossible

Satellifacts décrit une situation à couteaux tirés entre l’État et la direction. Le ministère de la Culture réclamerait 47 millions d’euros d’économies supplémentaires en 2027 : 20 millions sur la création, 20 millions sur les programmes de flux et le sport, ainsi que 10 millions liés notamment à l’arrêt des matinales filmées de France 3 et à la réduction de la couverture TNT dans les zones montagneuses. 50 M€ économisés desquels il faut déduire le coût des programmes de remplacement pour arriver à 47 M€.

La PDG de France Télévisions refuse ce scénario et propose une alternative tout aussi mortifère : maintenir en 2027 le niveau du budget de 2026, mais supprimer 1.000 ETP afin de réaliser 70 millions d’euros d’économies structurelles dès 2028. À Matignon de trancher entre des coupes immédiates dans les programmes et des suppressions massives d’emplois l’année suivante.

L’État doit assumer ses décisions

À force d’imposer chaque année de nouvelles économies, l’État actionnaire organise lui-même l’impasse. On ne peut pas réduire continuellement les moyens tout en exigeant le maintien des antennes, de la création, du sport, de l’information, de la proximité, de l’Outre-mer, de l’accessibilité et du développement numérique.

L’État doit sortir de cette lâcheté institutionnelle qui consiste à réduire les ressources puis à laisser France Télévisions choisir seule les programmes, les activités, les implantations territoriales ou les emplois qui doivent disparaître.

Si le gouvernement considère que certaines missions de service public doivent être abandonnées, qu’il les nomme et qu’il assume publiquement sa décision devant les citoyens et le Parlement.

La direction ne peut pas se défausser

La direction de France Télévisions porte également une lourde responsabilité. Elle a décidé de rétablir l’équilibre financier en 2026, en une seule année, au prix d’un plan d’économies de près de 150 millions d’euros. Cette stratégie brutale affecte déjà les grilles de programmes, les moyens de fabrication, les rédactions, les antennes régionales et ultramarines ainsi que les conditions de travail. Les troubles psycho-sociaux s’aggravent et se répandent dans tous les secteurs de l’entreprise.

Ce n’est pas à la direction de redéfinir silencieusement, par ses seuls arbitrages budgétaires, le périmètre et les missions du service public. Ce n’est pas davantage à elle de faire de la masse salariale la variable d’ajustement permettant de préserver les engagements pris avec les producteurs. L’accord avec les syndicats de producteurs contient d’ailleurs expressément une clause de révision en cas de difficultés économiques.

Opposer programmes et emplois est un leurre. Sans journalistes, techniciens, personnels administratifs, équipes numériques, artistiques et de production, il n’y a ni information fiable, ni programmes, ni innovation, ni présence territoriale.

Supprimer 1.000 emplois c’est produire moins, externaliser davantage, perdre des compétences, dégrader les conditions de travail et abandonner des activités. La direction compte-t-elle sur l’intelligence artificielle pour compenser cette saignée ? Ce serait un pari risqué, socialement dangereux et professionnellement irresponsable.

Qui paiera le plan de départs ?

La pyramide des âges ne rend pas les départs indolores. Un départ prétendument volontaire ne supprime ni le besoin, ni l’activité. Les précédents plans ont provoqué des déséquilibres durables, des pertes de savoir-faire et une intensification du travail pour ceux qui restent.

Surtout, un plan de cette ampleur doit être financé. Les indemnités et les mesures d’accompagnement pourraient représenter une centaine de millions d’euros. France Télévisions ne peut pas financer elle-même ces suppressions d’emplois alors qu’elle manque déjà de ressources.

Si l’État choisit de réduire structurellement les effectifs, il devra en assumer le coût financier, politique et social. À quelques mois d’échéances électorales décisives dans notre pays, ce serait faire délibérément le choix de la conflictualité. Car la CGT ne restera pas sans réagir.

Exigence de transparence

La CGT exige la transparence immédiate sur les discussions avec Matignon et le ministère de la Culture et sur les hypothèses budgétaires envisagées. La demande de rendez-vous adressée il y a plus d’un mois au ministère de la Culture par les organisations syndicales représentatives est restée lettre morte et nous le regrettons. Ce mépris est toutefois instructif.

L’avenir de France Télévisions ne peut pas se négocier dans le huis clos de Matignon ou au détour d’une réunion avec les producteurs. Il concerne les citoyens, les salariés et leurs représentants.

L’État doit financer les missions qu’il assigne à France Télévisions. La direction doit défendre l’entreprise, ses activités et ses emplois, et non administrer leur recul.

À quoi jouent-ils ? Et jusqu’où laisseront-ils se dégrader le service public pour ne pas assumer leurs propres choix ? Nous demandons des comptes.

 

Paris, le 17 juillet 2026

 

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Bandeau fin 2026